Sébastien Charlier

Sébastien Charlier commence la musique à l’âge de 14 ans, puis un jour sur sa route, il croise le Jazz et la musique improvisée ...

Article rédigé par Chrys
Mis à jour le lundi 8 juin 2009.

Sommaire

  1. Le matériel
  2. Diatonic Revelation
  3. Precious Time
  4. Internet
  5. Contact et liens web

  • Bonjour Sébastien, quels sont ton actualité, tes projets ?
  • Bonjour Chrys,

    Nous préparons la sortie d’un nouvel album orienté Fusion intitulé Precious Time pour cet automne, tout est terminé ou presque, il manque pour l’instant la piste vidéo du « making of », nous en sommes au montage…

    Parallèlement, j’ai terminé d’enregistrer un autre album : La Coccinelle Géante orienté Electro Jazz/Pop/World pour Too Much Processing, une team dont le maestro est le compositeur et sound-designer Olivier Demontrond. Je suis ravi de la grande variété d’ambiances et du traitement des thématiques. Je trouve qu’Olivier a réussi à proposer une « Electro » singulière et très musicale, qui fait la part belle à l’harmonica.

    Je continue d’accompagner le fameux Bluesman de Memphis Keith B Brown qui me supporte depuis près de 2 ans maintenant .
    Nous avons monté un spectacle scolaire avec mon ami Nicolas Espinasse : « Les Aventures de Dingo le petit Harmo » : « un voyage à travers le temps et la musique, raconté par un petit harmonica malicieux, témoin des espoirs, mais aussi de la détresse qui inspira aux hommes une de ses plus belles création : la musique ».

    J’ai également commencé de nouveaux enregistrements avec des musiciens qui me sollicitaient depuis quelques temps, c’est toujours très enrichissant de rencontrer et de partager ! Alors j’en profite…

  • Quels sont les musiciens que tu écoutes en ce moment ? peux-tu nous en parler ?
  • Je t’avoue que j’ai des périodes où j’écoute énormément et d’autres… en ce moment ce serait plutôt « les autres » , certainement le contrecoup des sessions d’enregistrements et des longues séances de mixage où vous écoutez sans arrêts du son. D’une manière générale, j’écoute volontiers des musiciens qui se mettent en danger lors de l’improvisation et qui axent leur musique sur cet élan, qui me parait vital. Mais il m’arrive également d’écouter des musiques bien plus « formatées »… Tant qu’il y a un niveau d’exigence qui me parait présent et qui me touche, j’achète !

    Il n’y a pas une semaine où je cesse d’écouter Alan Holdsworth, mais je peux carrément passer à des groupes très Pop comme « Tears for Fears » ou plus récemment « Linkin’ Park ».

    Aujourd’hui c’était Eric Dolphy, grand écart garanti .

    Le matériel

  • Quel instrument utilises-tu ?
  • En Jazz, j’utilise un harmonica diatonique Hohner en Do © dans la grande majorité des cas. Selon les contextes et pour des raisons de timbre et/ou de tessiture, voire d’ergonomie, il peut m’arriver de changer de tonalité de départ. J’utilise la lutherie originale Hohner ainsi que celle de Raymond Brodur qui m’offre encore d’autres possibilités grâce au « sur mesure », les plaques et anches restant naturellement estampillées Hohner, ce qui me satisfait pleinement.

  • Utilises-tu un système d’amplification lorsque tu te produis sur scène, et de quel type ?
  • Je prends ce qu’on me donne, un micro chant sur console me va très bien pour tout ce qui est acoustique.

  • Des effets ?
  • Lorsque je joue de la Fusion et/ou pour des projets plus orientés électriques, j’emporte un ordinateur portable, une surface de contrôle et un pédalier. Il s’agit pratiquement toujours d’une session Cubase qui accueille autant de pistes différentes que de sonorités utilisées avec un traitement différent par piste, c’est très confortable ; le tout sort en jack du pédalier pour rejoindre la console via une DI stéréo.

  • Joues-tu d’un autre instrument et dans quel contexte ? Sur scène, pour la composition, …
  • Je joue également du contrôleur à vent midi Yamaha lorsque l’occasion se présente. Parfois le ou les timbres de l’harmonica ne rentrent pas facilement dans le cadre d’un arrangement ou d’un morceau, auquel cas je peux proposer autre chose avec cet instrument aux sonorités multiples et qui conserve un côté organique grâce au « breath control ». Je l’utilise sur une plage du prochain album, une autre texture du son semblait s’imposer, alors j’ai rebranché les machines… .

    Pour la compo, j’utilise de préférence la guitare (quelques fois un banjo), mais j’ai souvent besoin d’un clavier.

  • Quel a été ton parcours d’étudiant en musique ?
  • Je n’ai pas été réellement étudiant en musique, je suis autodidacte. J’ai commencé très tard en fait (à 14-15 ans) au club musique du Lycée, attiré très vite par le Jazz. C’est vraiment en rencontrant des musiciens et en m’isolant souvent avec mes bouquins et mon instrument que j’ai avancé et commencé à saisir ce qui est en jeu lors d’un échange musical. J’ai eu la chance de rencontrer des musiciens patients et bienveillants qui m’ont énormément aidé (parfois sans le vouloir d’ailleurs).

    Pour l’instrument proprement dit, ce fut plus compliqué, j’ai dû trouver seul toute la série des altérations sur mon instrument dit « diatonique », souvent au détour de hasards, d’harmonicas mal réglés ou hors d’usage (et qui permettaient ponctuellement d’obtenir de nouvelles sonorités et notes). A l’époque il n’y avait pas internet, pas de cours d’instrument, l’instrument s’entendait bien plus souvent dans le Folk, le Blues et dans la Country Music que dans le Jazz ou la Fusion…
    On était donc obligé d’avancer seul…

  • As-tu l’impression de t’être approprié des clés dans ton parcours, une façon particulière de traiter une cadence ou un accord ?
  • Si un jour quelqu’un doit analyser mon jeu (soyez chouette, faites ça de mon vivant, c’est bon pour l’ego ), il trouvera peut-être des façons de jouer et/ou des motifs et pattern sur telle et telle cadence, tout le monde en a, mais j’espère encore pouvoir jouer ce que j’entends plutôt que de réciter des astuces.

  • Comment et par quel moyen la technique a t-elle laissé le pas à la liberté dans ton jeu ?
  • Par rapport à ce vers quoi j’ai toujours voulu tendre, une énorme technique est obligatoire.
    Aussi, je continue de bosser quotidiennement, je suis complètement addict : si je ne travaille pas régulièrement mon instrument je déprime…

    La liberté et le fait de pouvoir s’aventurer dans le discours dépendent plus de ta capacité à utiliser de manière musicale les moyens en ta possession que de leur quantité. Le vrai travail pour moi commence lorsque l’on a bien saisi que seules les intentions comptent (rythmiques, harmoniques, mélodiques), après « qui peut le plus peut le moins » donc autant avoir un solide bagage. Tout le monde ou presque pourra jouer vite une suite de notes, quelques-uns pourront l’entendre, plus rares sont ceux qui comprendront pourquoi elle était nécessaire (ou pas) à tel moment. C’est au cours de ce cheminement que l’on apprend je pense, à saisir ce qui est réellement en jeu au cours d’une improvisation et au « jouer vrai » dont parlait entre autres un Miles Davis, il n’y a aucune raison de délaisser un de ces moments.

  • Quelles sont les affinités propres à ton jeu, trio, Quartet, y-a t’il selon toi une formule qui fait passer le mieux ce que tu as à dire ou est-ce suivant l’humeur ?
  • Pendant longtemps je me suis concentré sur le duo, certainement la formule la plus exigeante (et parfois la plus ingrate) avec le guitariste Nicolas Espinasse, les pianistes Francis Lockwood, Rémi Toulon et Eric-Henry Greard.

    A la sortie de Diatonic Revelation nous avons tourné en quartet. Je dois avouer que c’est plus confortable en tant qu’improvisateur, il y a plus de possibilités pour proposer des énergies différentes et il y a une multitude d’interactions possibles en fonction de l’attention qu’on porte aux différents instruments.

    Pour le prochain projet orienté Fusion ce sera un quintet, c’est la formule la plus logique et qui me semble la plus naturelle pour ce style de musique compte tenu que je ne joue pas d’un instrument réellement polyphonique et que je tiens à entendre des soli de guitares portés par un clavier.

  • Pourquoi ne pas avoir choisi de jouer sur un harmonica chromatique, qui lui possède toutes les notes dès le départ ?
  • Demandes-tu souvent à un trompettiste pourquoi il n’a pas préféré jouer du saxophone ?
    En fait, les harmonicas chromatique et diatonique sont deux instruments très différents, de par leur ergonomie, l’emplacement des notes etc… pour moi ce sont vraiment deux instruments qui n’ont globalement aucun rapport entre eux si ce n’est le fait de pouvoir aspirer et souffler.

    J’ai pourtant commencé par le chromatique. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, le « diatonique » (qui porte mal son nom puisqu’il possède lui aussi toutes les notes) et sa richesse de timbres, me permet réellement de jouer dorénavant ce que j’entends et de phraser bop et fusion dans toutes les tonalités avec des sonorités et un rendu qui me touchent plus.
    Le seul hic c’est que cela demande un boulot technique en amont (et quotidiennement) qui est très très (très) long, que pratiquement personne n’a envie de faire (d’où le fait que tu n’entendras que très rarement du Jazz sur un « diato »), mais il faut bien se divertir en attendant la fin , alors plutôt que de jouer aux cartes, je me suis dit que j’allais me ruiner les babines sur ce petit instrument…

  • Tu as développé une technique de jeu très personnel, avec un son d’une précision déroutante sur un harmonica « diatonique ».
    Peux-tu nous en décrire les principaux points ?
  • Par la force des choses puisque je ne connaissais à mes débuts aucun harmoniciste diatonique jouant sérieusement Jazz sur cet instrument. Il y avait pourtant de formidables techniciens dont l’américain Howard Levy (qui a officialisé le premier le fait de pouvoir jouer toutes les notes) mais je n’en ai malheureusement entendu parler que très tard. Peut-être aurais-je gagné du temps à le rencontrer à mes débuts, qui sait ?
    Au lieu de cela j’ai écouté Parker, Coltrane et les autres…, d’où j’imagine une manière plutôt personnelle d’appréhender l’instrument.

    Le fait de vouloir jouer s’approprier toutes les notes sur un « diato » qui, a priori, ne les a pas, suggère un positionnement singulier vis-à-vis de la technique et de l’instrument lui-même. En réalité je n’ai pas vraiment « cherché » ces notes, j’ai surtout travaillé à une obtention la plus naturelle et la plus simple possible avec un minimum de positionnements de langue (dans chaque trou vous pouvez obtenir au moins 4 sons différents, ça peut monter beaucoup plus haut en fonction de votre technique). A partir de là, le chromatisme complet est arrivé assez logiquement + nombreux doublons bien utiles en fonction des tonalités et phrasés.

    J’ai également axé mon travail sur le détaché et la précision des notes dans les graves afin d’obtenir un son et un rendu homogène quelque soient les tonalités en jeu. Il y a toujours beaucoup à faire de toute façon… la 3ème octave est notamment assez capricieuse et ingrate si on ne la travaille pas sérieusement, elle est pourtant très intéressante, mais demande des heures et des heures de boulot assidus à moins de se satisfaire de quelques cris stridents…

    Récemment j’ai enfin pris le temps de peaufiner une technique que j’avais découverte par hasard il y a une 15zaine d’années sur un harmonica bouché à quelques endroits.
    Il s’agit d’une technique permettant de déclencher des notes soufflées ET aspirées simultanément ! J’ai lu une fois un paragraphe à ce sujet sur une page web mais le cadre était plutôt limité (par exemple : déclencher un son soufflé aigu en même temps qu’un accord aspiré dans les graves). En avançant sur les possibilités et les différentes applications j’ai finalement pensé que ça valait le coup de donner un nom à une technique que tout le monde peut (et a pu) trouver seul : l’AIR BLOCK. Le jeu consiste à jouer sur le retour d’air dans l’instrument. Il y a plusieurs façons pour l’air de sortir de l’harmonica et de véhiculer le son, si tu bloques certains endroits stratégiques, bon nombre d’impossibilités théoriques deviennent complètement jouables !

  • Demain je veux acheter un CD où tu joues, qu’est ce que tu me conseilles ?
  • Si c’est demain, alors je te conseille Precious Time et La Coccinelle Géante, si c’est aujourd’hui ou hier c’est Diatonic Revelation et un album de 6&1/2, un fabuleux groupe de Jazz vocal qui m’avait demandé de jouer sur un titre à l’occasion de leur hommage à Claude Nougaro. C’est la première fois qu’on me demandait du bebop en séance, c’est un très bon souvenir et j’apprécie beaucoup leur disque.

  • Imaginons que tu puisses réunir n’importe quel musicien, quelle serait pour toi la formation idéale à tes côtés ?
  • Tu veux dire si j’avais l’argent pour réunir n’importe quels musiciens… désolé pour ce cynisme. Franchement il y a tellement de merveilleux musiciens que ma « Dream Team » se conjugue trop au pluriel pour que je puisse te répondre. J’essaie en tout cas de monter des projets avec des musiciens qui me paraissent optimum pour la musique à interpréter.

  • Peux-tu nous décrire une semaine type de ta vie de musicien ?
  • Disons que globalement je fais du « bureau » le matin (emails, paperasses, envois etc…) et que je bosse l’instrument l’après midi voire le soir et la nuit lorsque mon épouse est en déplacement. Après il y a des jours où je suis en déplacement à mon tour pour des concerts et/ou des cours et/ou plus ponctuellement pour une séance de studio.

    Je trouve toujours un moment pour bosser mon instrument (j’essaie d’être discret à l’hôtel, un morceau de tissu dans le creux de la main fait office de sourdine tout à fait satisfaisante, pour l’instant je ne me suis pas encore fait rappeler à l’ordre ).

  • Dans ton travail personnel au quotidien, que joues-tu régulièrement ?
  • Quoiqu’il arrive je bosse le time et l’intention rythmique qui me parait primordiale en musique.

    Je joue des gammes pour commencer comme un « warm-up » puis fais des relevés, sans l’instrument, avec. Il peut m’arriver d’apprendre un relevé par cœur, je commence par le fredonner puis l’apprend sur l’instrument.

    En règle générale je bosse des cadences, essaie de trouver des lignes superposées sur des structures types ou sur des harmonies plus sophistiquées. Je m’aperçois qu’avec le temps, je travaille finalement plus pour parvenir à entendre de nouvelles choses que pour réussir à jouer ces choses… Puis, je monte tout d’un demi-ton et fais le tour du cercle. Après je peux être amené à travailler un répertoire en vue de concerts et/ou écrire et poser des idées pour un projet précis.

  • Enseignes-tu ?
  • Oui, moins que par le passé c’est certain mais je continue de donner des cours environ 5 jours par mois en moyenne. J’anime ponctuellement des stages d’été et masterclass durant l’année. J’ai des méthodes débutants qui sont sorties récemment donc j’essaie de ne pas perdre de vue l’aspect pédagogique qui me semble vital pour un instrument jeune sur lequel beaucoup d’options restent à découvrir et à maîtriser.

  • Quels sont les conseils que tu donnerais aux aspirants musiciens qui te lisent ?
  • Oulala… vaste programme… Ecouter les musiques puis les musiciens. Essayer déjà de jouer ce que l’on entend. Cela présuppose de toutes les façons une maîtrise technique satisfaisante, à moins de se contenter d’entendre peu de choses différentes et simples qui plus est. Au bout d’un moment, on devrait trouver plus d’intérêt à travailler à entendre de nouvelles choses que de répéter constamment les mêmes idées.
    Ne pas hésiter à prendre des distances vis-à-vis de l’instrument…

  • En dehors de la musique, quels sont les domaines qui te passionnent ?
  • Je continue le « ping » (tennis de table), la compétition apportant son petit lot d’adrénaline.
    Lorsque j’ai bien bossé, je termine légume avec mes consoles de jeux video.
    Mes chats me reposent et m’apaisent.

    "DIATONIC REVELATION"

  • Peux tu nous parler de ton album Diatonic Revelation parut en 2005 (avec la collaboration du pianiste Benoît Sourisse) ?
  • J’ai rencontré le célèbre violoniste Didier Lockwood à son studio pour une démo de WX5 (un contrôleur à vent Midi) qu’il avait demandée à Yamaha Music France. Lui-même jouant également du saxophone, il souhaitait en savoir plus sur un instrument dont je faisais les démonstrations à l’époque (fin 90 début 2000).
    Je me suis donc rendu chez lui.
    Le courant est tout de suite passé, nous avons rapidement dévié sur l’harmonica et ce que je jouais à l’époque, à savoir des standards de bop et quelques « manoucheries » avec mon ami Nicolas Espinasse. Il a attentivement écouté les titres (j’avais apporté une DAT au cas où ;-)) et m’a proposé de contacter Benoît Sourisse et sa team du moment afin de venir enregistrer un album de compositions qu’il produirait. A l’époque il n’avait pas encore monté son label AMES mais sa bienveillance fut telle que je savais que même en prenant mon temps, il serait présent le jour J.

    J’ai en effet pris mon temps, et nous avons co-signé pratiquement tous les titres avec Benoît. C’était une période assez dramatique pour moi, avec de gros soucis personnels difficiles à gérer et mon père qui luttait courageusement contre la maladie. Nous avons fini par enregistrer en 2003 tous les titres en 3 ou 4 jours. Didier était là comme si nous nous étions quittés la veille. J’ai ensuite attendu qu’il monte son label. De belles rencontres allaient suivre : par exemple celle de Jean-Philippe Lajus, Label Manager à l’époque qui me suit toujours et participe activement à la nouvelle aventure, Francis Lockwood, Niels Lan Doky, Laurence Allison… ou encore celle de Yann Arthus-Bertrand qui « shoota » la toute nouvelle collection du label. Didier me fit confiance nombreuses fois en m’invitant à jouer à ses côtés sur des festivals et notamment à ses 50 ans à l’Olympia où je pu côtoyer le gratin et surtout joué avec… un beau parrainage.

    Diatonic Revelation est mon premier album officiel et distribué (par Harmonia Mundi). C’était certes pour moi l’occasion de présenter « mon » instrument dans un registre Jazz où l’harmonica improvise « comme » un autre mais c’était surtout et avant tout la possibilité de graver des compositions qui me tenaient à cœur. Soutenu par des musiciens de haut vol et très à l’écoute, j’espère avoir su rester mélodique le plus de fois possibles lors des improvisations.

    "PRECIOUS TIME"

  • Peux-tu nous expliquer comment est né ce projet ?
  • Fin 2006, les concerts pour Diatonic Revelation s’espaçant, je me suis dit qu’il fallait penser à la suite.
    La première chose à laquelle je tenais était de prendre tout le temps nécessaire pour les enregistrements, la seconde était de me rapprocher de ce qui m’avait fait plonger sérieusement dans la musique et la pratique instrumentale.

  • Quel en a été le concept ?
  • Il s’agit d’un voyage bidirectionnel sur les flèches du temps, où le Jazz-Rock énergique des années 70/80 se mêle à un jeu d’harmonica disons… comment dire… futuriste ?
    Enfin bon, tu me diras, nous en reparlerons sûrement dans quelques mois non ?

  • Oui, avec plaisir :-)
  • Cette fois ci c’est le guitariste Nicolas Espinasse qui collabore a ton projet, peut tu nous en dire plus ?
  • Ca, c’était le troisième critère : pouvoir retravailler avec Nicolas. Notre amitié a commencé sur les bancs de la Fac et nous avons quasiment toujours fait de la musique ensemble. Si Didier Lockwood a été séduit par quelques traits d’harmonica lors de notre première rencontre, je le dois à Nicolas qui jouait et m’épaulait déjà sur ces standards. C’est un formidable guitariste aux facilités déconcertantes et c’est un arrangeur très exigeant et méticuleux qui propose une esthétique à laquelle je suis très sensible. Je suis ravi qu’il ait accepté de réaliser l’album qui n’aurait pu voir le jour sans lui.

  • Peux-tu nous dévoiler qui sont les musiciens qui t’accompagne dans ce projet ?
  • Le légendaire bassiste d’UZEB Alain Caron s’est joint à l’aventure, ainsi que le batteur américain Curt Bisquera (Tom Petty, Elton John, Mick Jagger, Tina Turner etc…). Nous avions également besoin de textures vintage aux niveaux des voicings, nous avons naturellement fait appel à Jean-Philippe Lajus pour les claviers. Jean-Philippe me fait confiance depuis notre première rencontre, à l’époque où il dirigeait le label AMES et m’avait permis de faire partie des toutes premières sorties chez Didier. Il m’accompagnait jusqu’à présent en tant qu’ingé son et agent, je suis ravi qu’il fasse dorénavant partie du staff « musiciens ».

    Un invité vient apporter son lot d’originalité sur le second titre : Benoît Sauvé et sa flûte à bec : un doux fou furieux. Nous nous étions bien amusés lors d’un Sunset et j’avais eu la chance de le retrouver au sein du quintet de Jean-Marie Lagache, je lui ai donc demandé de passer et on a appuyé sur le bouton rouge.

  • Est-ce que tout était écrit ou, au contraire, y avait-t-il une base à laquelle chacun a apporté sa personnalité ?
  • Nous avons pratiquement tout co-composé avec Nicolas, c’était notre deal de départ : refaire de la musique ensemble. Niko s’est chargé de toutes les pistes témoins (basse, batterie, claviers), afin que les musiciens puissent enregistrer leurs parties tranquillement avec une ligne directrice établie. Je me suis occupé des scores, mais on a tous mis la main à la pâte car la fusion est un style très ouvert où les voicings sont souvent compliqués à noter d’une seule façon : il arrive souvent qu’ils soient issus de la somme de ce qui est joué aux guitares, claviers et basses. Je tiens à remercier l’excellent pianiste Rémi Toulon qui m’a apporté une aide précieuse à un moment où je n’entendais plus rien .

    La trame et la structure harmonique étaient donc là mais chacun avait carte blanche !

  • As tu une date de sortie pour cet album ?
  • Disons automne 2009.

    Internet

  • La crise du disque, l’individualisme forcené de ceux qui arrivent à vivre de la musique, le préformatage des musiques, est-ce que tu penses que la pente est irréversible ou est-ce que tu entrevois des solutions ?
    Penses-tu qu’Internet puisse être une ouverture pour le musicien ou crois-tu à l’inverse que la toile va nous isoler encore plus ?
  • Si on passe sur le fait qu’un musicien arrive parfaitement à s’isoler du reste du monde sans l’aide du net, je répondrais : « les 2 bien sûr ! ». Mais la toile va elle aussi se transformer de toute façon, c’est inéluctable.

    C’est très simple d’échanger avec beaucoup plus de monde, on peut virtuellement devenir l’ami de n’importe qui, on peut créer, enregistrer avec des musiciens aux 4 coins du monde, échanger (de manière légale ou pas…) et j’en passe. Ca c’est le côté positif (sauf pour la mention illégale) : des possibilités inimaginables, tout s’est accéléré depuis une dizaine d’années.

    Maintenant, internet ou pas, ceux qui ne veulent pas travailler avec toi ne travailleront pas avec toi et l’aspect communautaire, niche, hiérarchique n’a pas changé d’un iota au grand désespoir des aficionados du participatif gratuit et des « artistes » purs produits « YouTube » qui voient rapidement la limite de l’échange et de la démarche. J’ai vu des musiciens qui pensaient que c’était une nouvelle ANPE ou plutôt Pôle emploi pardon… ceux là déchantent rapidement ou n’obtiennent pas forcément ce qu’ils étaient venus chercher. Cela dit, il peut se passer des choses bien sûr, comme dans la vraie vie… Internet n’est pour moi qu’un outil, certes fabuleux, mais rien de plus (pour l’instant).

  • Le musicien a son mot à dire face aux cris d’alarme que la planète émet un peu partout ! Ou penses-tu au contraire qu’il doit rester dans sa bulle et ne pas pratiquer le mélange des genres ?
  • Chacun en son âme et conscience peut œuvrer ou non à ce qui lui parait vital et fondamental. Je crains que l’investissement d’un musicien ne change guère les choses quand bien même il aurait accès aux media… Mais baisser les bras n’est pas raisonnable. Un projet comme La Coccinelle Géante s’inscrit dans un engagement citoyen en faveur de la Terre et d’une maîtrise raisonnée des espaces de vie, ainsi qu’en faveur de la Culture qui nous semble plus que jamais mise à mal. Ce n’est bien sûr qu’un grain de sable et ce ne sera jamais assez…

    Mais nous travaillons activement à la dernière ligne droite de ce projet, notamment sur des video clips qui je l’espère, illustreront au mieux cet engagement.

    Sébastien CHARLIER

    Merci Sébastien, et à bientôt pour le prochain album "Precious Time" !





    Contact et liens web :
    Le site de Sébastien Charlier et son MySpace.