Raymond Brodur - Harmonica
Nous avons l’immense plaisir de recevoir le luthier Raymond Brodur, probablement l’un des seuls luthiers pour les harmonicistes en France. Au-delà de la superbe qualité sonore, les harmonicas qui sortent des ateliers Brodur sont tous des pièces uniques et d’une beauté sans pareil, pour en juger, n’hésitez pas à visiter son site (lien en fin d’article).
Article rédigé par

Sommaire
Peux-tu nous expliquer comment tu as commencé ton activité de luthier ?
C’est tout à fait par hasard, il y a quelques années j’ai pris un cours d’harmonica avec Jean-Luc Roudgé. Il jouait sur un Golden Melody de chez Hohner et le sommier d’origine (en matière plastique) avait été remplacé par du bois.
J’ai trouvé ça assez surprenant et ce fut le début de l’aventure.
Je suis totalement autodidacte. J’ai fabriqué mes premiers capots avec un couteau de sculpteur et j’ai amélioré ma technique petit à petit. J’ai rencontré beaucoup de difficultés, car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est un instrument très complexe.
SECRET DÉFENSE !

Je ne teste pas que les bois !
C’est une recherche constante, je teste tout ce qu’il est possible de tester et je suis à l’écoute.
Il y a quelques jours, Patrice Grilli, un de mes amis harmoniciste du sud de la France, m’a parlé… d’écume de mer !
Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd !
Je me suis aussitôt mis en quête. Pour l’instant, j’ai testé plus de deux cents matériaux différents ; le bois bien sûr, mais aussi plein de trucs plus ou moins insolites… cornes, os, ivoire de mammouth, galalithe (pierre de lait), nacre (abalone) et aussi certaines pierres et même… du caoutchouc !
J’espère que Dieu me prêtera vie encore quelques années pour pouvoir continuer mes recherches.
Quelles sont les caractéristiques premières de cette matière ?
L’os et l’ivoire de mammouth proviennent du permafrost (glaces qui ne fondent jamais) en Sibérie ou en Alaska.
Il devient de plus en plus difficile de se procurer ce produit pour deux raisons :
La première parce que depuis l’interdiction à la vente de l’ivoire d’éléphant, les Chinois (très friands) se sont retournés vers ce matériau qui est en vente libre.
La seconde : à cause du réchauffement climatique (encore lui !), on trouve dans ces pays des restes du pachyderme à même le sol et que l’os ou l’ivoire est inutilisable (amorphe).

Non, les vernis utilisés n’interviennent qu’au niveau confort (glisse).
J’emploie des vernis acryliques-polyuréthane alimentaires de norme européenne répondant aux mêmes exigences que celles demandées pour la conception des jouets (EN 71-3).
C’est une des étapes les plus délicates de la fabrication.

Je n’interviens que sur la "carrosserie".
Les plaques sont des Hohner ou des Seydel. Je laisse le soin à mes clients de les régler. Chaque harmoniciste possède un souffle différent, et quand on commence à maîtriser la technique des overblows on doit pouvoir régler un harmonica assez facilement (je vais peut-être me faire engueuler !).
Mon travail s’oriente surtout sur l’étanchéité et j’affirme qu’il est impossible de régler un harmonica s’il n’est pas parfaitement étanche.
Mes futures innovations consisteront à tester plus de matériaux pouvant améliorer encore la qualité de mes instruments.
Si un jour je trouve cet instrument… ce sera la fin de ma quête !
Je voudrais d’abord dire un grand merci à mon ami et complice Jean-Luc Roudgé. Il est à mes côtés depuis le début et les "Brodur" n’auraient certainement jamais existé si je n’avais pas bénéficié de ses conseils avisés et pertinents.
Merci aussi à Sébastien Charlier avec lequel j’adore travailler et aussi à Greg Zlap, Paul Lassey, Éric Frerejacques et à ceux que j’ai oublié de citer.
Pour répondre à la question, j’écoute un très grand nombre d’harmonicistes et il serait vraiment trop long de tous les citer.
Quelques modèles Brodur

Aux débutants, je dirai d’acheter un harmonica (bon marché) et de travailler sans relâche afin d’acquérir la technique ; aux autres, qui sont des harmonicistes aguerris, je dirai "essayez les Brodur".
Mes harmonicas ont pour seule prétention d’offrir à ceux qui en jouent un certain confort dans le jeu et un son qualitatif.
Travailles-tu seul ?
Je suis un ermite dans mon atelier de 25 mètres carrés avec quelques fraiseuses, lapidaires et autres machines à travailler le bois, certaines sont presque ancestrales.

Mon message est simple, il faut croire en ce que l’on peut accomplir.
J’ai commencé cette aventure en démontant un harmonica pour voir comment ça fonctionnait, et aujourd’hui des harmonicistes de renommée parfois internationale me font confiance et apprécient mon travail. La vie est pleine de surprises !
Un grand merci Raymond pour ton accueil, et je veux aussi remercier l’harmoniciste Sébastien Charlier pour son aide à la rédaction pour cet article.
Contact et liens web :
Le site de Raymond BRODUR et son MySpace.




