Sébastien Charlier pour la sortie de "Precious Time"
L’harmoniciste Sébastien Charlier nous fait l’amitié de nous faire découvrir en exclusivité son nouvel album Precious Time.
Article rédigé par Chrys

Sommaire
Combien de temps a-t-il fallu pour préparer ce projet ?
Bonjour Chrys, merci à toi de me consacrer encore de ton temps.
Nous avons commencé début août 2006, je voulais prendre mon temps…
Precious Time est le premier épisode d’une trilogie tentant de décrire un mouvement vers ce qui n’est plus et porté par ce qui n’est pas encore… une sorte de quadrature du cercle exposée de différentes manières selon l’épisode. Le premier concerne mon enfance et ce qui m’a donné envie de m’engager pleinement dans la musique. D’où des références claires et sans ambiguïtés aux 80’s et quelques reprises de groupes qui m’ont marqué.

Nicolas a réalisé l’album de A à Z, arrangé, assisté au mixage, au mastering, fait le café…, je lui dois tout sur ce projet. Lorsque j’avais des idées, il les transformait en musique en quelques tours de passe-passe dont il a le secret. Parfois j’arrivais avec des choses plus précises, mais nous avons préféré tout co-composer en nous laissant la possibilité de réellement flâner, imaginer, reprendre, rebondir sur les idées de chacun. C’était très collégial et nous avons surtout pris le temps nécessaire à ce que l’ensemble se tienne, tant au niveau du son qu’au niveau de l’énergie, malgré la présence de reprises qui auraient pu nous faire quelque peu dévier.
Je suis ravi que Nicolas ait accepté de prendre en main ce projet.
C’est surtout le style qui m’a fait aimer la musique instrumentale et qui m’a donné envie de bosser très dur mon instrument. C’est une musique très exigeante et l’harmonica diatonique ne rend pas les choses faciles. Mais le Jazz/Rock a toujours été un de mes objectifs lorsque j’ai commencé à jouer. C’est juste que c’était jusqu’à présent trop compliqué pour moi, tant au niveau technique qu’au niveau du son, il fallait que je travaille encore plus, que j’aille plus loin dans mes recherches.
Lorsque j’ai pensé avoir enfin le niveau requis, j’ai proposé à Nicolas de réaliser l’album. Je savais qu’il y avait une forte probabilité pour qu’il accepte, lui aussi ayant été bercé par la fusion. Ses autres influences, hard/rock et funky remontent souvent à la surface sur cet album. Ce mélange me plait beaucoup et permet à mon instrument de prendre une place qui me parait finalement très : next gen.
L’harmonica semble parfois revenir… du futur.
Était-ce important pour toi de faire découvrir l’harmonica sous d’autres horizons ?
Oui et non. Pour moi, l’harmonica n’est qu’un medium au service de la musique. J’aime beaucoup le son acoustique (que l’on entend également sur ce projet), mais je n’ai pas l’attache typique de l’harmoniciste traditionnel qui joue de l’harmonica pour le plaisir d’entendre son instrument. Je comprends cela et respecte cette façon de voir. En somme, c’est plus d’ordre psychologique : une façon parmi d’autres de gérer son implication et son positionnement par rapport à l’instrument. Mais ce n’est pas la mienne, je veux juste faire de la musique, il s’avère que je joue de l’harmonica donc je me permets de le triturer dans tous les sens afin d’atteindre mes objectifs. On reconnait néanmoins le son d’harmonica tel qu’on l’imagine sur bon nombre de plages.
C’est juste que par rapport au sujet et à l’engagement dans le son que demande la fusion, je voyais mal comment l’harmonica pouvait s’insérer à tous les étages sans en changer parfois le son. C’est d’ailleurs assez habituel chez l’harmoniciste de proposer un son électrique. Là, j’ai dû chercher un type de son qui me semblait en accord avec le style et qui me permette de rester très lisible quelque soit l’octave. Curt a beaucoup apprécié ce travail de recherche, je pense que ça l’a vraiment motivé à jouer avec nous.

Houla, il y en a vraiment beaucoup… ce serait un peu long, d’autant que je tenais, comme je t’ai dit, à prendre mon temps, tant au niveau des compositions que de l’enregistrement des soli. Je souhaitais enregistrer seul face à mes démons, sans devoir justifier quoi que ce soit à un éventuel auditeur que je serais tenté de séduire par des astuces que tous les improvisateurs connaissent. Surtout, je voulais lui épargner de devoir me réentendre jouer autant de fois qu’il me parait nécessaire une phrase, une note…
Alain a enregistré ses parties dans son studio au Québec et Curt à Los Angeles. Il n’était pas prévu que je fasse le saut pour les US, Curt avait de toute façon les scores, les pistes séparées, les commentaires sur les ambiances, etc. En revanche, il était prévu que je passe une petite semaine au Canada, des master class étaient en vue et j’en aurais profité pour passer le bonjour à Alain pendant les séances. J’ai dû me désister au dernier moment pour cause de déménagement, nous avions décidé avec Nathalie, mon épouse, de rejoindre la Bretagne.
La séance de Nicolas sur What Else restera pour moi un souvenir impérissable. C’est la première fois que j’entendais Dark Vador jouer de la guitare électrique…

Chrys, tes questions sont toujours aussi difficiles…
Hum… je pense que nous sommes assez fiers de la composition Sin Chronic City. Pour les soli, on a le choix, il y a vraiment de quoi faire. J’ai un très bon souvenir du duel fraternel harmonica/guitare à la fin de It, la reprise de Genesis. Je ne me lasse pas du solo de Jean-Philippe Lajus à la fin de First Step, tout en une prise sur une grille plutôt prise de tête, j’aime son histoire. Le solo de Benoît Sauvé est naturellement hallucinant. La musicalité du solo de fretless d’Alain Caron sur Solstice d’été me touche beaucoup, etc. Il y aurait trop à raconter et c’est plutôt à toi qu’il faut poser la question, peut-être y a-t-il des passages qui t’ont plus marqué ?
Comme je te disais, j’ai voulu autant que possible enregistrer tranquillement chez moi mes parties solo, je voulais aller un peu plus loin, afin de proposer exactement ce que j’avais envie d’entendre sur telle ou telle plage. Cela prend du temps, ce que l’on ne peut pas avoir en studio quand la pendule tourne et la tirelire se vide. Ce ne fut pas toujours le cas : j’étais au studio de Nicolas pour Solstice d’été, Fascination, et au studio de la Reine pour What Else. Une partie planante sur First Step a également été enregistrée chez Niko, je ne sais plus trop… Tout ce que je voulais c’était de pouvoir reprendre 300 fois s’il le fallait afin de construire un solo qui corresponde pleinement à mes intentions et que j’ai envie de réécouter à l’occasion.
Tu n’as pas peur que cette distance vis-à-vis du son de base de l’instrument puisse jouer en ta défaveur vis-à-vis des passionnés d’harmonica ?
Peur ? Non pas vraiment. Ceux qui n’ont pas spécialement le goût de l’ouverture ne m’auraient de toute façon pas apprécié non plus avec un son acoustique qui joue un Jazz be-bop ou autre, le diatonique n’ayant pas de réel passif dans le style. Les limites de l’instrument sont dans notre tête, j’avais envie de jouer avec cette sonorité typée orgue pour ce titre, ça me semblait adapté à la composition et c’était possible via tout un tas d’effets externes, alors pourquoi pas ? L’engagement dans le son nous suggère de jouer différemment et nous permet d’aller plus loin musicalement. Je ne suis pas du genre à me satisfaire de refaire constamment la même chose sous prétexte qu’il y a un marché ou un public pour cela. Sur cet album l’harmonica semble parfois se désincarner, encore une fois ce n’est qu’un medium, rien de plus.
J’utilise néanmoins de nombreuses fois le son acoustique lorsque les compositions le permettent.

Joker… Pour faire court et dans le désordre : un preamp, un octaver, une fuzz, un delay, un compresseur multibandes, une whammy (ponctuellement sur certains effets slide qui dépassent 2 tons).
Wahou, merci pour ce parallèle pour le moins flatteur… Certains m’ont en effet beaucoup influencé et marqué. Mon père m’a fait découvrir Zappa et Nicolas Allan Holdsworth : c’est plutôt éloigné des investigations harmonicistes habituelles… J’ai toujours travaillé en relevant de préférences des soli d’autres instruments puisqu’il n’y avait pas d’harmonica en Fusion et très peu en Jazz.
Alain, c’était à l’Olympia de Didier Lockwood lorsqu’il y fêta ses 50 ans. Didier avait invité de nombreux musiciens et j’avais la chance d’en faire partie. Nous nous sommes retrouvés à dîner ensemble Alain et moi, j’avais des tonnes de questions à lui poser mais ce n’était ni l’endroit ni le moment. À cette époque, je proposais des relevés de soli d’Alain à certains de mes meilleurs élèves, afin qu’ils bossent son sens du phrasé, son placement, etc. Alain était très amusé : des harmonicistes, diatoniques, s’essayant à ses soli… il comprit rapidement que j’étais très fan et respectueux de son travail, écouta ma prestation et me tendit sa carte en guise d’au revoir à la fin du concert.

J’avais plusieurs fois vu et écouté Curt Bisquera, il a joué avec tellement de stars que c’en est renversant. Hormis son look d’enfer, je pouvais le reconnaître à la frappe, au groove. J’ai cherché des infos sur le net, et l’ai finalement contacté via MySpace. Il me répondit dans les 5 minutes et me demanda de lui envoyer des mp3s pour qu’il se fasse une idée du projet. Il me demanda plusieurs fois si c’était vraiment de l’harmonica sur certains passages, je crois qu’il a été agréablement surpris.
Plus tard, nous nous sommes rencontrés à Francfort autour d’un verre, c’est ce que tu peux voir sur le teaser vidéo.
Benoît est venu avec sa flûte à bec, s’est mis devant le micro et a joué. En 2 prises c’était réglé. C’est juste énorme.
La première fois que j’ai entendu Benoît Sauvé, j’étais encore prof dans un magasin de musique à Beauvais dans l’Oise. Un autre enseignant me fit écouter un joueur de sa région sur des standards de Jazz plutôt up tempo. J’étais étonné du son de flûte traversière que j’entendais. Et pour cause, le collègue amusé m’annonça que c’était une flûte à bec en plastique qui coûte encore moins cher que mon harmonica… sa remarque sur le prix ne me dérangea pas plus que cela, j’étais habitué au fait qu’on trouve que nos instruments sont des jouets, mais j’étais surtout halluciné par le sens du phrasé de ce musicien.
Plus de 10 ans plus tard, je reçus un email très chaleureux de Benoît venant de découvrir sur mon site que nous tentions tous les deux de repousser les limites supposées de nos instruments. Je l’invitai à un Sunset et le retrouvai plus tard au sein du quintet de Jean-Marie Lagache : on s’est toujours beaucoup amusé sur scène, de par le jeu de nos questions réponses, et nos deux sonorités se mélangent très bien. Bref, nous nous sommes trouvés pas mal de points communs, dans la manière de bosser, dans la façon de jouer même. Nous sommes un peu des apatrides vis-à-vis de nos instruments, nous jouons une musique qui normalement ne se joue pas dessus, ça crée des liens, je suis ravi qu’il ait accepté de faire cette séance.

Tout simplement parce que je voulais me rapprocher de ce qui m’a poussé à devenir musicien.
À l’époque la Fusion était un Jazz spectaculaire, avec beaucoup de matériel sur scène et une énergie très festive sous couvert de soli endiablés. Il y avait une certaine générosité populaire je trouve, même si parfois la musique n’était pas toujours facile d’accès. Il y a eu un réel engouement pour ce style qui naturellement a vite été décrié comme étant un prétexte à démontrer sa technique instrumentale… il y a des gens qui ne comprennent vraiment pas grand-chose aux enjeux de la musique et aux engagements personnels des musiciens.
C’est triste, mais c’est ainsi, et ça ne me concerne pas plus que cela, je fais juste mon meilleur possible à chaque fois, et je travaille pour aller encore plus loin la prochaine.
Ils sont tous partants, c’est donc possible. Je préfère commencer avec une équipe hyper disponible qui va me permettre de préparer plus facilement un live digne de ce nom. J’ai envie que « ça barde » sur scène et qu’il y ait une ouverture des morceaux, qu’ils puissent se développer pleinement. Lorsqu’il y aura les moyens et le temps, je ferai naturellement appel aux deux musiciens américains en plus de l’équipe actuelle qui prépare activement nos premiers concerts de 2010.
En effet, tout ce qui semble passer de mode m’intéresse… En réalité, tous les passionnés de Fusion ont connu la période LP, j’ai moi-même une belle collection de vinyles Jazz/Rock à la maison, j’espère que ça leur rappellera le bon vieux temps.
Néanmoins, nous serons également sur les plateformes de téléchargement début 2010. Chacun pourra choisir son format : 33T, CD, Mp3s, pour la K7 audio on laisse de côté pour l’instant.

J’ai demandé à mon ami Peter Lippmann, de trouver un concept pour Precious Time. C’est un grand photographe. Et par chance, il est très amateur d’harmonicas, lui-même en jouant. L’idée d’un voyage bidirectionnel sur les flèches du temps lui a inspiré la pochette. Je lui ai apporté une photo de moi lorsque j’avais 4 ans :
« OK on tient un truc, on shoote la semaine prochaine, tu peux ? Pour le vieux, fais-moi confiance… »
Le tout nouveau label : Alien Beats Records, m’a assuré que l’album sera disponible en avant-première pour les fêtes de Noël sur mon site ! Une boutique en ligne va donc voir le jour sur sebcharlier.com et vous pourrez prochainement commander très facilement l’album au format CD, vinyle, plus d’autres goodies et bonus… L’album sortira officiellement sur les plateformes de téléchargement début 2010, nous prenons le pari sur une distribution digitale, plus économique et écologique.
Naturellement, nous emporterons nos précieux Precious Time sur les lieux de concert et il sera toujours disponible en physique sur la boutique en ligne dont je viens de parler. Dès début 2010, sort un livre retraçant l’histoire et la genèse du projet Precious Time, j’ai encore un chapitre à terminer... Illustré de quelques photos et naturellement d’anecdotes croustillantes, ce récit sera également l’occasion d’en connaître un peu plus sur l’itinéraire d’un instrumentiste atypique : l’harmoniciste.
Merci Chrys
* Crédits photo de Patrice Rayon sauf pour Curt Bisquera et Alain Caron collection personnelle
Pour en savoir plus... :
Découvrez l’album "PRECIOUS TIME" de sébastien Charlier sur son site.






